Le Kid, le Moine, l’Ami, le GR20 et moi. Chapitre 9- Destruction de membres, destruction de la communauté?


Olala!

Si t’es féru de souffrances sportives, cette journée pourrait t’intéresser. La journée la plus hardcore que j’ai passé, c’est aujourd’hui.

Mon vieux, j’en ai, on en a bavé, plus qu’un escargot quand tu le fais dégorger.

Mon réveil sonne à 4h35.

La musique de « Je te survivrai » de  Jean-Pierre François me motive plus que jamais.

La sonnerie de mon réveil est un vieux son de harpe moisi, donc pas J-P François. Pas de musique rien.

« Même pas un « Bump bump » (Booty shake) des 740 Boyz?

-Non, pas de musique, mais t’inquiètes pas, on va booty shaker sévère aujourd’hui. »

Ok. »

Je mange 1 banane séchée et je me lève, je me prépare.

Je réveille mes compagnons.

Le Kid m’explique qu’il n’a pas terriblement dormi, la faute à son vieux rhume.

L’Ami a les genoux qui tirent. Mais ça devrait le faire. Ça devrait.

Le Moine, en bon guerrier, a dormi dans sa tente.

Rendez vous 5h15 max pour partir. Il sera là, je le sais.

J’aime ce que je fais pendant cette semaine, mais j’ai faim. Je sais que je ne vais pas manger à ma faim avant au moins 2 jours.

Je sais que la journée qui nous attend va être éprouvante/épouvantable.

Le Kid, le Moine, l’Ami et moi sommes prêts. Prêts à aller au bout de notre quête, notre fraternité est…

« T’en fais trop. »

Ok.

On part a la frontale. Nous avons 2 frontales, celle du Kid et la mienne.

Dans la forêt, dans la nuit, dans une légère brume, c’est compliqué d’avancer avec 2 frontale pour 4.

Le Kid ouvrira la marche, je la fermerai. (La marche hein?)

L’ambiance nocturne m’a tout l’air d’être une bonne petite ambiance d’un gros film d’horreur gore de série B.

Aucune visibilité, de la forêt intense, dark, seuls, insouciants.

« Du défi au cauchemar, 4 amis en randonnée pour un défi sportif au cœur des montagnes d’une île sauvage. Il avait soif d’aventure, ils ont réveillé quelque chose qui avait soif d’eux.« 

Musique rock/Electro, succession d’images gores, du feu en forêt, des armes fabriquées à la va-comme-j’te-pousse, des cris, du sang, une bête.

Ahhhhhhhhhhh! (Cri lointain.)

En fait il s’est rien de passé de tout ça, mais tu t’en doutais.

On est sorti des ténèbres aussi facilement que tu sortais du brouillard dans lequel t’étais après une nuit de folie quand t’avais 19 ans.

Nous sommes au cœur de la vallée, le monde n’est pas réveillé hormis l’eau du torrent que nous longeons mais qui ne dort jamais, comme New-York.

« Moi, je pense que les gens sont réveillés quelque part dans…

-Oui, oui, toi et ton esprit de contradiction. »

C’est tellement calme. C’est tellement reposant. Encore plus qu’une semaine dans le Cantal.

Les paysages me font penser à ceux décris ou montrés par Nicolas Vanier au Canada, sans husky, sans neige.

On sort de ces canyons, ou appelle ça comme tu veux, et passons en contrebas du refuge indiqué par le guide d’hier. On se rappelle que les points de repère, nous indiquant qu’on est bien sur la variante, sont le refuge et un gros rocher noir semblant artificiellement créé pour s entraîner à l’escalade. On y est, cool.

Le terrain monte sur de la mousse. De la mousse verte.

Je nous observe, chacun de nous 4 monte par un chemin parallèle différent.

Serait-ce le signe avant coureur d’une division de notre groupe?

J’ai peur. Prends-moi dans tes bras.

Je me retourne et je regarde l’ami qui semble avoir des jambes de plus en plus molles, une mine de plus en plus tirée. Autant à la micro-pause « banane séchée » de la matinée, il avait du mal à cacher sa douleur, autant là, il a le menton qui traîne par terre. J’ai envie de dire flûte mais je me retiens pour ne pas tomber dans le vulgaire.

Ce qui m’inquiète, c’est que nous n’avons pas entamé la descente, son Némésis. Sur les étapes qu’on s’apprête à traverser, la descente est tellement balèze et longue qu’on passe tout près du Japon par l’intérieur de la terre.

Bah non! C’est pas vrai!

Ça y est, on est en haut. En haut de la montée passée et de la future descente. Tu piges?

On s’assied sur des rochers et on admire le soleil qui termine de se lever doucement sur cette partie de la terre. Il est lent et délicat, doux et tendre avec nous, comme ta zouz un dimanche matin, après un bon Hollywood Night le samedi soir suivi d’une nuit dont tu peux être fier. Bravo mon pote!

Encore une fois, nous sommes privilégiés, pour ce spectacle, pourtant quotidien!

C’est étrange d’être ébahi par un spectacle qui se déroule tous les jours ou presque , toute l’année depuis toujours.

C’est comme si t’étais au premier rang dans la fosse au Stade de France, devant un concert de Johnny qu’il faisait tous les jours , et que tu disais a chaque fois: « Y’a pas a chier, c’est magnifique son interprétation D’allumer le feu.

Triste comparaison ? Pourquoi?

Le soleil est debout et il nous éclaire maintenant à l’image d’un feu tricolore qui viendrait de passer au vert pour nous dire: C’est parti!

Alors, c’est parti!

Une descente très rocheuse avec des passages très,très techniques.

Genre t’es penché en arrière pour descendre, tellement c’est abrupte. Tu te loupes et tu glisses, bah… T’as plus qu’à espérer faire du Wingsuit sans Wingsuit jusqu’en bas.

Tes chances sont aussi minces que toi après 16 GR20 d’affilée.

Le Kid et moi sommes très à l’aise avec la descente. Le moine aussi, mais je ne sais pas où il est à ce moment. Tu sais toi?

L’Ami, si ses jambes sont encore de ce monde, doit prendre cher.

Sacrebleu! J’ai l’impression d’avoir la pêche, la patate et d’être chaud comme la braise en même temps. Sacrée tarte sucrée-salée qui semble bien dégueu!

Première pause à mi-chemin de la partie technique pour attendre nos compagnons. Ils tardent. Nous retenons notre souffle. On décide de terminer ce passage et de les attendre après le gros de la descente passée.

Nota bene: Pour descendre, on arrête de retenir notre souffle, sinon c’est trop dur.

Après un long temps d’attente , assez long pour savoir qu’il y a quelque chose d’anormal, nous voyons arriver le Moine , la mine fermée, comme un type qui sait quelque chose de grave qu’il ne doit pas dire, et l’Ami, enfin le corps sans âme de L’Ami.

En réalité , il a un teint aussi blafard que si on l’avait forcé à manger des puissants piments, tout en lui mettant des droites dans l’estomac, toute une nuit. Imagine. Mieux (ou pire), la même mine qu’un pote à moi, dernier jour du weekend de la pire cuite de sa vie, dans le train retour. Le mec faisait peur aux gens. The Walking Dead.

L’Ami a un visage! Un mélange de la couleur de Casper le fantôme qui tire un peu sur le bleu d’une vieille eau de mer trouble… Je te laisse imaginer. Je te laisse imaginer aussi comment il doit douiller.

« Ô pauvre de lui! »

De plus, L’Ami marche comme s’il avait autant de fourmis dans les jambes qu’en restant en tailleur pendant 21h ou comme quand tu descendais d’un coup du guidon du vélo de ton pote, petit.

Ses genoux le torturent, chaque pas est un supplice, la descente, un enfer. Son GR20 est en péril!

S’ouvre une discussion. Que faire?

L’Ami est formel, il ne pourra pas avancer plus vite que ça.Il ne pourra presque plus avancer, qu’il nous dit.

Ça sent la fin pour lui. La tristesse pour moi.

Le Kid et le Moine ne vont pas abandonner leur GR20. Normal oh! (Ouais, ouais, ne me parlez plus, bande de scélérats!) Ils veulent doubler les étapes aujourd’hui, comme prévu.

A ce rythme,  lent, très lent, ce n’est pas envisageable.

La décision est prise, ils peuvent tenir l’objectif fixé, le faire en 8 jours, ils vont continuer à un bon rythme. Nos chemins vont donc se séparer ici…

Je me retrouve face a un problème de choix, de taille: La loyauté ou l’exploit personnel.

T’aurais fait quoi gros malin?

Rester et accompagner l’ami au prochain refuge? Arrêter l’aventure en même temps que lui? Repartir seul après le refuge, en sachant que j’aurai trop de retard aujourd’hui et que je serai obligé de quadrupler les étapes de demain, pour le boucler en 8 jours

Oui parce que je n’t’ai pas dit, mais même si nous parvenions à doubler les étapes d’aujourd’hui, nous devions tripler celles de demain…

Je décide de rester avec lui, de l’accompagner, jusqu’au prochain refuge. Quand il sera sorti d’affaire, sorti du GR20, je repartirai seul pour le terminer, seul.

T’façons, celui qui n’a jamais été seul au moins une fois dans sa vie, peut-il seulement aimer, peut-il aimer jamais! Garou.

Je me retrouve avec le Moine et le Kid. Je leur explique la situation et la décision.

Je leur explique qu’après avoir accompagné l’ami au refuge, je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour les rattraper.

« Le mec a cru qu’il était surhumain. »

Le Kid me dit: »Ce n’est pas que c’est mieux que l’Ami arrête, c’est qu’il doit impérativement arrêter, pour sa santé. »

Le Moine: « Il aurait dû arrêter avant. »

Ils sont plein de bon sens ces fripons.

Nous disons « au revoir » comme Cantona, au Kid et au Moine.

Seulement quelques jours qu’on se connait, mais j’ai l’impression de quitter ma famille pour longtemps. Je comprends les gens de la télé réalité en pleurs, après 3 jours passés dans une maison, quand vient l’élimination d’un frère…

« T’es sûr que c’est comparable? »

Après une poignée de main à la Dutch et Dillon dans Predator, nous les regardons s’éloigner comme une femme regarderait son marin de mari partir en mer.

Eux s’enfonce dans les bois.

Une fois la douleur provenant de ses genoux redevenue supportable, mon ancien Ami et moi, repartons non gaiement vers le refuge le plus proche. Longtemps après nos ex-compagnons de route.

Le sentier se fait de moins en moins descendant , de plus en plus plat.

Ça ressemble de plus en plus à une balade forestière au bord d’un ruisseaux. C’est mignon.

L’Ami semble se sentir coupable de ma loyauté, j’accuse le coup de ne pas achever notre objectif.

Nous n’échangeons pas beaucoup, comme un couple amer qui n’aurait pas pu adopter le chien qu’il voulait. Mais on le sait, c’est la faute à Pat Chance.

Au fur et à mesure de notre progression, le terrain remonte, la douleur de l’Ami s’atténue jusqu’à presque disparaître.

On accélère.

La douleur laisse place à un regain de moral et de motivation.

Bordel de merde de bon sang de bois, on cavale presque!

L’Ami est revenu des enfers comme Thésée!

« En montée, ses genoux sont normaux! Attends, mais il a été construit comme un flamand rose ou quoi???

-Non, mon Ami est un putain de Phœnix! Je vais l’appeler Ikki tiens! »

Tininininininininin! (Musique des Chevaliers du Zodiaques quand ils courent en montagne.)

A ce moment là de notre aventure, comme le dirait un célèbre flic, il y a 2 choses qui me trouent le cul, une saucisse d’un mètre quinze et l’Ami.

Est-ce que tout ça va durer?

Qu’importe on avance, c’est le principal!

On arrive à un refuge. Ce n’est pas celui que nous Vision (Marvel).

Pas grave! Le boss du refuge nous dit que nous sommes quasi arrivés à celui que nous voulons atteindre.

Quand on voit la côte que dis-je , le mur d’escalade, en exagérant, pour arriver au prochain refuge , nous avons envie de lui demander s’il ne se fout pas de notre gueule, parce que nous n’avons pas pas la même définition du mot quasi.

On n’en fera rien et tu le savais Mr Jesaistout.

On va jouer à Cliffhanger pendant une demi heure, sur de la bonne roche bien lisse, sur des parois videuse de force .

On voit même un hélico comme dans le film sus-cité.

Ravitaillement ou rapatriement ? On ne demandera pas.

On arrive au refuge et sur qui on tombe?

Je te le donne en mille!

Bah non, pas Stallone!

Le Moine et le Kid, en train de savourer, non respectivement, une barre protéinée et des fruits secs.

Nous sommes contents, comme si un des persos que t’aimais d’une série revenait alors que tout le monde pensait qu’il était mort!

J’ai quelques exemples en tête, mais je vais me taire, pour ne pas te spoiler.

Ils vont repartir dans quelques minutes.

On passe un deal avec eux. Ils attendent 15 minutes de plus et on part tous ensemble même avec l’Ami.

Quand on y pense, arrêter le GR20 ici, c’est pas terrible, puisque le rapatriement, c’est uniquement hélico… Le pognon que tu dois dépenser!

Le prochain refuge offre d’autres possibilités. Navettes, taxis… A moins que l’Ami puisse continuer demain, tu penses que…

« Ne mets pas la charrue avant les bœufs, vous verrez ce soir. »

Pas de longue pause pour nous.

Pas de nourriture pour moi. Juste de l’eau. De l’amour du sport et de l’eau fraîche.

« Misérable ignorant ! » Me dit le GR20.

Le Cirque de la solitude est fermé suite aux drames survenus précédemment.

Le nouveau tracé est difficile (Autant que l’ancien?), mais plus long.

On dit que dans les 2 sens, c’est l’endroit le plus dur du Gr20. L’endroit où j’aurai eu besoin de force, de graille! Mais je n’ai plus qu’un sachet de Noodles, je peux pas me le faire là tout de suite, et je vais pas le manger sec… Bois une autre gorgée d’eau.

Advienne que pourra.

On va entamer cette montée de compet’.

Mais là je peux pas t’en parler comme ça, à brûle-pour-point.

J’en ai encore des aigreurs.

De la côte, mais de la côte importée direct de l’Himalaya.

Un dénivelé semblant tendre vers + l’infini kilomètres.

Un sol aussi agréable que si tu grimpais pendant des heures dans une benne qui décharge du gravier.

J’t’explique tout ça la prochaine fois, là je n’ai plus la force.

Et là, pour clore ce chapitre, pas de blague, on est dans le sérieux, dans le dur, dans la souffrance.

Crois moi tu verras, on ne s’en sortira pas tous indemnes.

Jésus Christ! A l’Américaine.

Avant: Le Kid, le Moine, l’Ami, le GR20 et moi. Chapitre 8 – Shoot de vitamine D

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4 commentaires

  1. tiens moi au courant, si un jour tu décides de le publier, promis je l’achète ….. ça me rappelle le style du Donjon de Naheulbeuk …… trop bon, jouissif, par contre pour se repérer sur le circuit c’est pas facile,(ça manque de reference géographique, mais bon, visiblement c’est pas un exposé scolaire non plus); de plus moi je l’ai fait dans le sens Nord-sud ….vraiment épique votre GR, limite tragico-mique …..

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