Le Moine, le Kid, l’Ami le GR20 et moi. Chapitre 5-Chaud ce Moine


Sous la pluie, sous le vent (Et même si tu crois que c’est fini, écoute, c’est juste une pause un répit… Céline Dion, Garou), sous les doutes, Souleymane Diawara, on décide de prendre une variante plutôt que par les crêtes. Pourquoi? Lis le récit précédent, ou alors je t’explique en 2 mots: Orage, Crêtes, tonerre.

« Ça fait trois. »

Bon, t’as compris. Dans un souci de prudence, on prend une variante pour rejoindre un village plus bas et de là remonter jusqu’à notre prochaine étape: Le col di Verde.

On croise une femme qui nous dit de nous méfier. On raconte que ce chemin est le piège des sangliers, que selon la légende, les sangliers attendent patiemment les randonneurs égarés pour… Ça fout les jetons hein?

Sans la croire, nous continuons notre chemin et tombons sur plusieurs grottes lugubres où des choses ont jonché le sol d’os, de terre, et d’autres matières informes formant un tapis blanc,rugueux et inquiétant. Des yeux nous fixent. Des formes semblent se rapprocher de nous.

Non, tout ça est bien sûr faux.

La dame qu’on a croisé nous a dit de faire attention car elle a vu des sangliers sur le sentier descendant vers le village de Cozzano.

Effectivement, en descendant vers le sentier, on voit un sanglier, posey dans sa tanière, tranquille, comme un coq en pâte dans la terre, qui nous regarde passer avec une expression que pourrait avoir ton vieil oncle du fin fond de l’Auvergne et qui dirait: »C’est qui ces cons qui viennent encore nous faire chier? »

Mais, le sanglier ne dit rien et reste à l’abris de cette pluie importée directement de la mousson en Asie.

Et moi? Et moi je suis tombé en esclavage (Pierre Bachelet)…

Et nous, nous passons notre chemin.

Le sentier descend le long d’un petit chemin. Ce petit chemin qui sent la noisette, bien qu’il sente plutôt la terre et la nature trempée à ce moment précis, s’engouffre sous des arbres.

Il n’y a pas assez d’arbres pour nous protéger de la pluie.

Et quelle pluie mes aïeux!

Le sentier se jette dans un torrent. J’exagère. Le sentier se jette dans un petit torrent. Je n’exagère pas.

Pire, il devient un petit torrent.

Plus le choix, on marche dedans.

On dirait que ça te gêne de marcher dans la boue, on dirait que ça te gêne de dîner avec nous!

Excités par la nature énervée, nous nous mettons à courir dans ce petit courant d’eau, filant comme des courants d’air.

On est comme des enfants sous la pluie. On saute presque à pieds joints dans des flaques d’eau, comme dans le générique de Mimi Cracra, comme toi, petit, avec ton vieux survêt jaune en coton, des pièces cousues sur les genoux et des grosses bottes en plastique.

T’étais pas habillé comme ça? Moi si, jusqu’à ce que je porte un pull Mickael Jordan et des chaussures avec des fausses bulles d’air. La classe.

On dévale le ruisseau comme si on faisait de l’hydrospeed debout sans l’hydrospeed avec peu d’eau.

« Pas de l’hydrospeed du tout quoi. »

Nous avons la texture d’une éponge restée dans l’évier trop longtemps, mais étrangement, ça ne nous dérange plus.

On rigole même en courant, on est contents, heureux comme des papes, comme quand tu bouffes du Coeur de lion, nous nous sentons vivants.

On remonte parfois, le chemin n’est pas parfaitement balisé, on fait au (I gotta) feeling ( that tonight’s gonna be a good night).

Après de l‘eau, de la boue, des pierres, des feuilles, de l’eau, des arbres, des montées, des descentes, de l’eau, de la terre, du sable, des kilomètres, une dizaine je pense, on arrive au village de Cozzano.

On y croise Xiaoxue, je ne sais pas comment ça se prononce précisément, Chiu, Chieu, Chiouyeu, Shiryu? Je suis pas doué merde et j’arrive pas à le prononcer, honte à moi.

C’est une chinoise vivant en France, qui fait le GR20 seule et que j’avais croisé sur le bateau en venant. Balèze nom d’un petit bonhomme!

Nous allons tous au gite d’étape pour nous essorer, parce qu’on fait bien 20 à 30 kilos de plus, manger 2-3 amandes et demander au chef du gite quelles sont les possibilités pour rejoindre le Col di Verde.

La sentence est irrévocable comme dirait Denis Brogniart.

Il y a 3 solutions, toutes plus sympas les unes que les autres.

A ce moment, je le vois comme ça:

Soit on prend une navette comme des grosses feignasses, soit on fait de l’auto-stop comme des grosses feignasses crevardes, soit on marche comme des gros cons présomptueux, limite mégalos.

Oui, parce que j’ai oublié de mentionner que d’ici, à pieds, c’est 18 kilomètres de route en montée légère. Mais 18 kilomètres quand même. Quand t’es à tordre, que tu ne manges pas, que t’es fatigué comme après 3 tournois de foot, c’est plus compliqué 18 kilomètres de montée. Non? Oui? Oui.

La navette ou le stop ça ne me tente pas, je me dis que je suis là pour en chier, que je dois relever mon défi de traverser la Corse du sud au nord, sans utiliser autre chose que mes jambes et mes bras aussi. Je suis borné, très. Oui, mais surtout, je suis formaté.

Nous décidons d’en chier, et nous allons en chier des ronds de chapeau, tu peux me croire.

« C’est moi ou t’es encore plus vulgaire que d’habitude? 3 fois le verbe chier, tu vas trop loin. »

Nous prenons la route.

Xiaàxue prend une navette ou disparaît à la manière d’un David Copperfield.

Je vois bien que mon Rémi (a Frye) a les genoux qui commencent à siffloter.

18 kilomètres de goudron, c’est pas forcément terrible et je comprends que ça n’ait pas forcément d’intérêt quand le défi de base est de faire le GR20 et qu’une partie n’est pas praticable.

Il lève le pouce. Une voiture passe, puis une seconde. Un van s’arrête. Il monte au Col di Verde. Rémi grimpe dans ce carrosse. Le Kid et moi avons quelques secondes pour réfléchir.

Je suis catégorique, je ne monterai là-haut qu’en jambes. Pas en voiture, en jambes, oh!

Je motive le Kid, facile à motiver, puisque c’est une machine créée pour le sport, ce bougre de sosie du gars d’Homeland.

Rémi prend nos sacs avec lui. Le van s’en va.

On envie presque Rémi en secret, comme quand ton pote rentre en taxi en fin de soirée et que tu sais que tu vas galérer pour rentrer en train 3 heures après, saoul comme un cochon.

Mais c’est souvent marrant ces moments de la soirée non?

Sans sac, on va pouvoir faire parler la poudre, nom d’un cowboy! Enfin, on va juste pouvoir marcher ou courir sans le poids d’un enfant sur le dos.

Merde, j’ai oublié mes batteries de caméra et mes clopes.

« Tu pourras t’en passer. »

Ouais c’est vrai, ma caméra est chargée à fond.

On traverse quelques petits villages, mignons , on croise peu de gens, si ce n’est des villageois, 2 randonneurs semblant sortir du sol, des chiens, des chevaux, de beaux chevaux, et des voitures qui descendent pour la plupart.

La route est jolie.

« Du goudron quoi. »

Ouais, et sur 18 kilomètres. Le van salvateur de Rémi passe dans l’autre sens longtemps après avoir remonté notre ami. On se rend compte de la distance à parcourir.

Il s’arrête, nous propose de nouveau de nous remonter. Pas le van hein, c’est pas un Transformer, il ne parle pas le véhicule, c’est le conducteur qui nous propose.

Proposition que nous déclinons.

Il nous dit que nous sommes fous. Je lui mets une grosse gifle dans le visage, en lui disant de mieux me parler, oh.

En vrai, nous lui sourions et repartons.

C’est très long, donc nous décidons de courir. Au bout d’un certain temps, c’est très dur, donc nous décidons de ne plus courir. Nom de nom!

Après quelques illusions et désillusions à propos de la distance restante à parcourir, la faute aux estimations optimistes ou pessimistes des gens croisés, nous arrivons au col. Tinninninnin! (Musique de Zelda, quand Link trouve un objet)

Enfin! Après plus de 3 heures de montée sur goudron.

Il va bientôt faire nuit. Merci le Kid pour ce moment de bravoure (connerie?) qu’on a partagé.

Nous retrouvons notre Rémi(lla Jovovich), sec, chaud.

Le refuge a une belle salle avec une belle cheminée. Parfait pour manger des nouilles et, gourmand que je suis, une boite de filets de maquereau.

Il y a aussi des cuisines, des douches chaudes, des dortoirs, un stand où ils vendent des trucs, un train fantôme, un spa, un élevage de faucons. C’est faux pour les 3 derniers trucs.

Avec Rémi, on se raconte nos heures l’un sans l’autre. Il me présente un type. L’unique gars  qui a fait les crêtes aujourd’hui et qui a cru y passer.

Le Moine.

Le type est un ancien moine, vrai de vrai. Mais un moine qui aurait sa place dans un film de Guillermo Del Toro. Tu vois ou pas?

Le genre de Moine, qui, en cas de fin du monde, a un crucifix ET un fusil à pompe et qu’explose les méchants en leur sortant des grosses punchlines avec insultes et tout.

Au nom du père, je vais vous démonter la gueule petits bâtards abjectes.

Le Moine est porté par une foi, un pouvoir qui lui donne un mental en Acier 440. Il a traversé l’Irlande, plus de 1000 kilomètres à pieds, est resté 36 heures dans une tente sans sortir, à cause d’une tempête, ne se nourrit que de pâtes de fruit et surtout, il a fait les crêtes seul, aujourd’hui.

Monsieur le Moine.

Il demande s’il peut continuer le Gr20 avec nous, le cas contraire, il souhaite arrêter l’aventure ici.

J’en n’ai rien à foutre de son histoire! Déjà avant qu’il poursuive avec nous, je veux le connaître, je veux tout savoir de lui.

Mais non! Bien sûr qu’il peut venir, c’est avec plaisir. Il a suffit d’un échange pour savoir qu’il avait plus de bon que de mauvais en lui.

Et puis, il a une bonne tête. J’ai le pif pour ça.

Enfin, une bête de plus dans le groupe ne peut être qu’un moteur.

Le Kid n’est pas contre. Le Kid a éliminé tout négatif étant petit, on dirait. Prenez exemple sur lui.

C’est décidé, nous continuerons le GR20 ensemble jusqu’à la fin ou jusqu’à la fin du groupe.

« Tout le monde se bat, personne ne se barre, le premier qui se dégonfle, je le descend personnellement. » (Rasczak, Starship Troopers)

Nous serons le Club des 4.

« Déjà pris. »

Les 4 fantastiques?

« Inculte! Pris aussi. »

Ah ouais et celui là: Les grosses bi…

« Le Moine, le Kid, l’Ami et moi. C’est parfait. »

Demain, une grosse étape de 30 kilomètres nous attend.

J’ai hâte de voir ce que ça va donner à 4.

Rémi et moi restons près du feu à échanger et à parler de nos vies, comme des potes, comme si nous n’étions pas fatigués, comme si nous étions chez nous, tranquille, un dimanche avant le match de foot du soir.

Allons dormir.

Je mets mon réveil très tôt. Je préfère ne pas te dire à quelle heure, tu verras la prochaine fois.

Comme ça, je te tiens en haleine. (De poney).

Et bim, ça termine sur une pure blague.

Le récit précédent: Le Moine, le Kid, l’Ami, le GR20 et moi Chapitre 4 – Détour et des choix

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5 commentaires

  1. Comme chaque chapitre, j’ai beaucoup ri à la lecture de ce récit. C’est moins compliqué vu que je suis ton pote et que j’ai fait le GR20 avec toi, mais bordel de bouille, qu’est-ce que t’es bon !!!

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