Le Kid, le Moine, l’Ami, le GR20 et Moi. Chapitre 6 (Didier) Des chants, du beau temps


Mon réveil, que je vais exploser si ça continue, sonne.

Encore une fois il est très tôt. Je réveille les autres larrons. L’ami a le sac de couchage trempé, le Kid commence a avoir des vieux signes de petite maladie de merde.

J’ai faim, comme jamais. Heureusement que je vais pouvoir manger une banane séchée et une barre de céréales.

Me voilà repu.

Bien sûr que non, j’ai faim comme si je n’avais pas mangé. Nom d’un énorme veau Orlov!

On se prépare chacun de notre côté. Le Moine est prêt et je découvre qu’il a des restes de la ponctualité monasteriale (Bah quoi?).

J’arrive et il me demande où sont les autres. Il n’est pas content. On commence à s’embrouiller, ça part en grosse baston dégueulasse. Le scélérat me fout un doigt dans l’œil, je lui mord le nez.

Dans la vraie vie, les autres arrivent quelques minutes après. Le Moine a raison. Le retard, c’est quelque chose qui me caractérise bien, mais pas sur le GR20.

« Tu racontes vraiment ta vie? »

Scuze. On part tous les 4 pour doubler les étapes aujourd’hui, soit 30 kilomètres.

On croise un gentil chien qui nous regarde nous éloigner avec tristesse. J’hésite à lui donner une amande mais comme il m’en reste qu’une je joue le crevard.

« Crevard! »

On avance dans une grande foret, le long d’un joli sentier agréable, qui semble tamiser le bruit de nos pas, comme pour ne pas réveiller trop brusquement le doux soleil qui commence à caraméliser la cime des arbres.

Devant nous un petit gang de cochons. Je leur donnerai bien une banane séchée mais il ne m’en reste qu’une, donc je joue le prudent.

« Prudent ! »

?……

Le Moine nous montre le chemin. Enfin il suit les balises et imprime un rythme soutenu mais plaisant.

« Un rythme? »

Oui, il « frappe des mains et tape des pieds, maintenant les deux, comme ça, tu veux savoir comment ça s’appelle, ça s’appelle la Mus-cla-dance! » (Ah, les Musclés…)

Un rythme quoi, c’est lui qui dicte la cadence!

On suit comme des chiens de meute.

 » Genre c’est le chef???

-Oh, comment ça, c’est le chef? C’est mort! » Non, genre a ce moment c’est lui qui est chaud. Il est très chaud.

C’est ce que j’ai aimé dans ce groupe créé par le destin, chacun faisait ce qu’il voulait mais ça allait souvent à tout le monde, donc chacun apportait sa pierre a l’édifice. Et ça faisait avancer la machine mieux qu’une autre.

« Qu’est ce que t’en sais?

J’ai déjà fait partie d’autres groupes, sapristi!

On avance bien et l’étape est plaisante.

Le dénivelé n’est pas violent, le temps est clément (Chantôme).

Encore une fois la nature est belle, douce.

Ces facteurs donnent à cette matinée des airs de balade dominicale. Comme quand tu vas pic-niquer avec tes copains en forêt, que t’as prévu une belle nappe à carreaux rouges et blancs, un panier en osier chargé de Monique Ranou et une bouteille de Villageoise,  sur une balade peinarde de Georges Brassens.

Tu fais pas ça avec tes copains ? Moi non plus quand j’y pense.

Comme dirait Stéphane Guivarc’h dans Les yeux dans les bleus (Meilleur documentaire de tous les temps) :

« Non pas de douleurs. »

Effectivement, tous nos maux ont disparu a l’instar de nos mots. On parle moins, on apprécie le moment. Comme quand tu roules en moto dans le désert. Toi et la vie. Lorenzo Lamas, le Rebel.

J’échange avec le Moine une banane séchée, qui me répugne, contre un gâteau au gingembre. C’est bon, mais comme le Kid le souligne (Nutritionniste va!), ce gâteau n’a pas de valeur énergétique. Est-ce que tu t’en fous?

On parle avec le Moine des Navy Seals. Rémi prend de belle photos, le Kid inspecte la performance. (Sportif va!)

On ne se rend pas compte que le ciel s’assombrit comme dans les Visiteurs, mais aucun de nous n’a la bague du Hardi.

Le vent se soulève comme les machines dans Terminator.

Bordel, on essuie une mini tempête.

Heureusement la station de ski d’ E Capanelle n’est pas loin.

Oui, il y a des stations de ski en Corse. Que croyais tu? Alphand vient de là.

« Mytho. »

Oui.

On se réfugie (Camp all stars) au refuge. Logique.

Les 3 potes décident de manger dans une mini cuisine. Je m’isole plus loin à l’abris du vent quand même. Ouais, je vais pas le faire le mec qu’a besoin de se sentir proche des éléments de la nature et rester sous la tempête non plus.

J’ai envie de fumer, tranquille, après avoir mangé mon ultime amande.

Je regarde la pluie tomber en diagonale, les arbres se courber par la force du vent, je me demande même s’il ne va pas y avoir une tornade de force 8 a la Twister.

Je me dis surtout :  » En 30 ans j’ai jamais eu un temps si crade, sur un si court laps de temps, en Corse. On est même parfois content d’avoir de la pluie, habituellement. »

Là, je peste contre ce temps, passe moi l’expression, dégueulasse. J’ai l’impression d’être dans la mauvaise saison en croisière sur la manche.

J’ai pas signé pour ça. C’est pas ma guerre.

Une accalmie, on en profite, on va repartir.

Et qui surgit en personne à la sortie du refuge? Patrick Poivre D’Arvor! C’est fou, il veut faire un morceau de rando avec nous.

Non, en vrai, Xiaoxue surgît de je-ne-sais-où, comme un agent secret, non comme Harry Potter qu’enlèverait sa cape d’invisibilité, de but en blanc, devant nous.

Xiaoxue? Chinoise en France, Gr20 seule, chapitre précédent.

Elle nous demande, comme dans Planète hurlante :  » Je peux venir avec vous? » Heureusement rien de tranchant ne sort de sa bouche.

On l’accueille à bras ouverts.

Nous voilà reparti, au milieu des vaches , avec au dessus de nos têtes, un temps aussi instable que de la Nitroglycérine.

On a un bon rythme, tous.

On arrive sur un col et là ma biche (Je peux t’appeler comme ça?), laisse moi te dire que je me prends une bonne pêche visuel dans les dents! Enfin dans les yeux.

Je te mens en te disant que j’ai un panoramique à 360 degrés mais je suis en dessous de la vérité en te disant que c’est juste beau.

C’est magnifique semble être le juste milieu.

Oh la vue! (Je l’avais pas vu)

Je me dis que je suis chanceux de pouvoir apprécier la délicate attention de la Corse à notre égard. Des monts, des montagnes (Ça me gagne), des forêts, des ruisseaux, des bancs de nuages, des couleurs, de la douceur, de la puissance.

J’ai envie de dévorer du sentier pour en voir plus, j’ai envie de rester ici pour que mes yeux dégustent savoureusement ces images qu’on ne voit qu’en photo.

Nous remercions la Corse. Le Moine, le Nid, l’Ami, l’agent secret et moi.

Je suis debout sur des rochers pour apprécier de plus haut cette… Ouah, merde, qu’est-ce que… Le vent me balance un double chassé dans le buste comme les orques dans Le Seigneur des Anneaux quand ils se tappent dans le Mordor. Je manque de tomber, mais vraiment.

Ok, ok, on s’en va. La nature semble dire: « Chacun son tour, suivant! »

On la comprend, c’est précieux ce qu’elle veut bien nous montrer.

Une longue montée nous entraîne sur un autre plateau, avec une vue tout aussi belle, peut être même plus puissante. Vas-y tu comprendras.

Tu sais, je t’ai pas tout dit. J’ai abrégé, on a passé des rivières, des forêts et autres mais je veux pas tout te dévoiler.

Tout ça pour te dire qu’on entame maintenant une longue descente en lacet. Très longue.

Le Moine n’a pas de bâtons, grand fou qu’il est. Et en descente il aimerait en avoir, je lui ai prêté les miens, je me sens mieux sans.

Loin de moi l’idée de me donner un style comme le ferait un gardien de foot qui se sent plus a l’aise sans gants pendant une séance de tirs aux buts, mais en descente, j’aime être libre, courir nu, le se… Euh, descendre sans bâtons, quoi.

Les lacets sont légion. Je triche en coupant par le milieu, en glissant sur le tapis de feuille mortes. Je m’amuse.

 Le Moine entame une chanson: Le bon vin m’endort… L’amour me réveille encore. Elle va nous rester dans la tête. Même aujourd’hui je l’ai encore. Merde.

Le Moine égaye notre descente en  nous livrant un concert digne de ceux de Mylène Farmer. Des reprises des inédits. Philippe Manœuvre lui demanderait derrière ses lunettes : « T’es venu enregistrer un album? »

Tout ça pour te dire que dans la joie, la peine semble moins pénible.

Nous arrivons, à Vizzavona, des notes plein les oreilles, 30 kilomètres dans les jambes, le cœur rempli d’espoirs, le corps fiévreux de motivation.

La Nature, à brûle pour point, nous crie : » Déchantez mes cons, je vais vous balancer la purée comme rarement vous avez vu. »

Rohhh…

Les experts prévoient de la pluie, de forts orages, des chiens et des chats, toute la panoplie du temps de chiottes quoi!

Les crêtes seront impraticables.

Encore? Encore une variante? Mais qu’a-t-on, hell, fait?

L’aventure.

Au restaurant du chef de gare, le boss connait bien mon cousin chanteur Corse, oui, de ceux qui pulvériseraient les autres concurrents de certaines émissions de télé réalité, et il connait ma cousine.

Il nous offre l’emplacement de tente, la tente, et me fait un méga rabais sur les bananes séchées, amandes, et barres de céréales dont je raffole.

Il donne même des bâtons de randos au Moine.

Merci a lui, vraiment, merci a mon cousin, ma cousine, ma famille, je voudrais remercier mon producteur, et ma maison d édition, sans oublier…

« Stop. »

La pluie, la vraie arrive, la fraîcheur aussi.

Je mérite un carton rouge pour l’entorse à la règle que je m apprête à faire.

Nous allons tous au restaurant et nous nous apprêtons a prendre un méga burger venu tout droit de l’enfer des gourmands! Il fait froid et la chaleur qu’il pourrait nous apporter serait un véritable baume au cœur.

Ils viennent de servir le dernier. Il ne reste plus que des salades. Fraîches et froides. Bonnes. Mais froides quand même.

Ils nous offrent deux grosses portions de riz au lait à l’orange et a la cannelle au lieu de les jeter. Ils ont refait notre lendemain matin.

Au lit.

Tout est trempé dans la tente, ça sent la viande. Ça ne va pas aller en s’améliorant vu les litres qui se déversent sur la toile extérieure. Sérieux on dirait un Ice bucket challenge permanent.

« Demain sera mieux. » As-tu envie de me dire.

Demain sera pire, vraiment pire, nom d’un orage des ténèbres!

Tu verras. ( « Ra ra Rasputin, Lover of the Russian queen, Boney M.)

Récit d’avant :Le Moine, le Kid, l’Ami le GR20 et moi. Chapitre 5-Chaud ce Moine

Publicités
Catégories :Les récitsTags:, , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

1 commentaire

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :